Choix et dilemmes durant l’Occupation

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Certains documents permettent d'analyser avec les élèves comment s'est préparée l'accoutumance des populations non-juives à l'exclusion puis au massacre de six millions d'êtres humains, et quelle a été la place de l'idéologie et de la propagande.

La littérature peut ici nous fournir quelques sources, par exemple Inconnu à cette adresse de Kathrin Kressman Taylor ou Seul dans Berlin (1ère édition française : Plon 1967) de Hans Fallada. Parce qu’elles ont été écrites au moment des faits, par un témoin direct pour Hans Fallada, elles permettent d'approcher la façon dont s’est déroulée l’accoutumance à l’idéologie. Elles révèlent également que certaines personnes savaient et étaient particulièrement lucides sur ce qui se produisait. Il était donc possible de l’être…

Anti-Joodse maatregelen
"Les Juifs ne sont pas les bienvenus ici !"Banderole à Rosenheim. © Musée impérial de la guerre

La mise des Juifs « hors humanité » par le matraquage idéologique a facilité le glissement collectif vers le meurtre de masse et a profondément bousculé les barrières éthiques.

Plusieurs études ont été effectuées concernant ceux qui, parmi les soldats de la SS ou des Einsatzgruppen, avaient refusé d’obéir aux ordres de meurtre. Dans la plupart des cas, ils n’ont pas été aussi sévèrement punis qu’on pourrait l’imaginer, souvent ils ont été simplement écartés du groupe… Nombre d’entre eux décrivent le sentiment d’« avoir perdu la face » ou « être passé pour un lâche ». Selon l’historien Georges Bensoussan, pour beaucoup de nazis « le courage aurait été de rejoindre les tueurs » et la violence collective reposerait sur le tryptique : autorité-conformisme-idéologie.

Le souci de conformité au groupe aurait ainsi tué tout autant que la soumission aveugle aux ordres ou à la « loi », et bien plus que toute forme de haine intégrée.

La Shoah comme n’importe quel événement historique, n’était pas inéluctable. Afin de montrer « comment cela a été possible », nous pouvons nous intéresser aux choix auxquels étaient confrontés les contemporains de cette histoire et, en particulier, à une infime minorité de personnes : celles qui ont conservé leur Humanité.

L’étude du parcours de vie des Justes peut ici se montrer fertile : elle a valeur d’exemple positif, dans un contexte où l’on parle beaucoup (trop) des bourreaux.

Etait-il possible de ne pas se soumettre, d’intervenir ? Si nous ne sommes pas en situation de juger, si la question « Qu’aurais-je fait à l’époque ? » est une façon stérile de se projeter dans le passé, il est particulièrement éclairant de donner à voir que certaines personnes se sont conformées au projet nazi alors que d’autres sont parvenues, parfois dans les pires conditions, à résister, sous des formes très différentes (ne réduisons pas la « résistance » à celle des groupes armés), comme à sauver des Juifs.

Comment une majorité de la population a-t-elle été amenée à « laisser-faire » ? Cette question ouvre également à une réflexion au présent : « Et nous, dans quel brouillage sommes-nous ? Que laissons-nous faire aujourd'hui ? »

En présentant aux élèves des parcours de vie, des situations variées, où des personnes ayant réellement existé ont été confrontées à des choix, nous les conduisons, non à juger le passé, mais à y puiser l’occasion d’une réflexion sur nos propres agissements, au présent.

Puisque le venin nazi se glissait jusque dans notre pensée, chaque pensée juste était une conquête […], puisque nous étions traqués, chacun de nos gestes avait le poids d’un engagement.

Jean-Paul Sartre

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